vendredi 18 septembre 2009

Hikikomori au bord d'un canal

Malgré le quart d’heure de retard par rapport à l’ouverture, la piscine Parmentier est raisonnablement vide. Je trace mes 500 mètres en ne prenant que trois courtes pauses alors que voici quatre semaines, je m’arrêtais tous les 25 mètres pour souffler comme un phoque ayant sprinté face à trois orques. Un peu d’entraînement, un changement de sexe, et hop, je pourrai remplacer l’ex championne olympique et jeune retraitée Laure Manadou.

Parmentier me plaît bien, surtout que j’ai modifié mon trajet piéton pour m’y rendre. Avant, je passais par la rue du Faubourg du Temple, sordide ramassis de vendeurs de kebabs gras, de fringues pourries et de bibelots médiocres. Maintenant, je passe par des petites rues, franchis le canal Saint-Martin dont le cours figé me plaît, passe devant la façade vétuste de l’hôpital Saint-Louis où j’aimerais bien faire quelques photos.

En plus, j’ai un nouvel ami pas loin à compter de ce jour : A la Pipe du Nord, au 21 du boulevard Magenta. Vaste choix de matières, de couleurs et de formes. Le patron du lieu sait conseiller sans s’imposer. J’apprends que si j’ai du mal à tirer, c’est parce que mes tabacs sont trop humides : deux heures de séchage après l’achat devraient suffire à obtenir une combustion optimale. Hier, copine Peggy regrettait que je sois venu sans pipe, l’odeur de fumée étant meilleure que celle de la clope. Mais j’avais mon Manhattan Portage petit format, pas pratique pour le barda (pipe, cure-pipe, blague à tabac, allumettes). Je m’achète donc chez mon nouvel ami une pipe de petites dimensions, courbes, aux jolis reflets magenta sombre. Joe l’apprécie d’emblée, comme on peut le constater.



La pipe me paraît vraiment la voie royale pour mon sevrage tabagique, du moins la forte réduction de ma consommation. En plus, l’objet est beau, ou du moins peut l’être, plus original que l’universelle clope, le tabac est plus doux aux papilles et aux narines. Je ne dois pas précipiter les choses, mais je note dans un coin de ma cervelle de fixer l’objectif zéro cigarette.

Avant-hier, copain Pierre-Henri parlait du syndrome hikikomori, et cela me revient en tête en longeant le canal Saint-Martin. Ce sont des Japonais qui vivent reclus, se coupant progressivement de tout contact social, parfois enfermés dans des placards, communiquant entre eux par mails ou textos. Ils ne présentent par ailleurs aucun symptôme pathologique de type anxieux, dépressif ou psychotique (autisme, schizophrénie). PH est intrigué par le « particularisme » supposé de ce trouble, il voudrait monter un groupe de travail franco-nippon là-dessus et se demande si le refus de l’école par les enfants français, plus répandu qu’on le croit d’après les chiffres du CNED, ne serait pas un syndrome apparenté. Cette diversité de l’esprit humain me fascine, et en l’occurrence, je comprends très bien les hikikomori. Se retirer de la société, voilà bien un premier pas vers la lucidité. Au Japon, ils ne sont pas du tout fustigés, juste perçus comme un groupe ayant ses mœurs particulières. En France, on n’aurait pas la même mansuétude à mon humble avis, on dépêcherait des armées de travailleurs sociaux pour essayer d’intégrer ces individus ayant la folie de refuser l’amour obligatoire de leurs semblables.

Quand j’aurai mon CORPS de RÊVE, je me promènerai nu dans des forêts désertes.

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