lundi 21 septembre 2009

Quarante et un

Aujourd’hui j’ai 41 ans. Je ne fête pas plus cet anniversaire que les 21 précédents, ma journée passera paisiblement sous le signe de la protéine pure. Étrange manie que de comptabiliser ainsi ses années, et qui plus est de fêter en grandes pompes chaque coulée supplémentaire dans le sablier. À la rigueur, je comprends la dimension utilitaire : c’est agréable de recevoir plein de cadeaux, j’en fais volontiers aux autres s’ils aiment souffler leurs bougies. Moi, je préférerais oublier mon âge, ne pas connaître ma date exacte de naissance, comme c’était souvent le cas jadis.

Curieusement, j’ai mal pris l’entrée dans ma quarantième année, alors que ce chiffre n’a aucun sens en soi (40 est le moment d’une suite numérique n’étant pas marqué par des symptômes particuliers, l’attention au « chiffre rond » est purement culturelle). À dire vrai, cette quarantième année arrivait dans un processus débuté plus tôt, sans doute vers 37-38 ans : les nuits blanches devenaient difficiles et les lendemains de cuite également, les bronches s’essoufflaient d’un seul coup, le travail alimentaire s’imposait comme la réalité d’un esclavage à vie, l’énergie se faisait rare pour sortir du chemin tracé par la pression sociale et surtout économique…

Mais puisqu’à 41 ans, je viens de retrouver mon poids d’il y a quinze ans, je suppose que plein d’autres choses sont ainsi réversibles dans les manifestations de la flèche du temps, au plan physiologique et psychologique (lesquels ne font qu’un ou presque, d’ailleurs).

Sinon, je lis sur le site du Figaro qu’une députée UMP a déposé un projet de loi visant à rendre obligatoire la mention « photo retouchée » sur chaque cliché modifié par un logiciel informatique. «Objectif : lutter contre une vision irréelle de la femme - véhiculée par les magazines de mode et la publicité -, qui peut avoir une influence néfaste, en particulier sur les adolescentes. » Un petit coup de la vieille Sharon pour comprendre l’enjeu.



Voilà bien le genre d’initiative qui m’exaspère. D’abord parce que les députés pratiquent en France l’inflation législative et qu’ils semblent toujours chercher des idées nouvelles pour étendre à l’infini l’ensemble des pratiques tombant sous le coup de la loi. Ensuite parce que sauf sous certains régimes totalitaires, l’humain ne donne pas nécessairement une vision « réelle » ou « réaliste » de lui-même, de la nature en général. Enfin parce que l’argument de la pauvre petite adolescente qui devient anorexique à cause des méchants publicitaires est grotesque de simplisme, et qu'en tout état de cause, la mention de la retouche dans un coin ne changera rien à la fascination exercée par les people sur la plèbe.

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